Article conçu et rédigé par Dominique Defaut
La formation voile, cette année sera spécifiquement axée sur la préparation pratique de nos équipages aux manœuvres sur la Flèche, toutefois en complément et en parallèle, nous aborderons également la navigation sur la Salicorne, afin que tous nos membres aient une bonne connaissance de nos deux bateaux.
L’agenda des formations est disponible ici.
Pour participer à une ou plusieurs sessions, vous pouvez me contacter par Mail
Plan de formation Niveau Elémentaire
- Présentation des bateaux
- 1-1 La Flèche
- 1-2 La salicorne
- Types de voiles
- 2-1 Voiles triangulaires
- 2-2 Voiles quadrangulaires
- Manœuvres dormantes et courantes
- 3-1 Haubanages
- 3-2 Drisses et écoutes
- Agir sur une voile
- 4-1 Régler
- 4-2 Réduire
- Naviguer
- 5-1 Les amures et les allures
- 5-2 Les manœuvres
- 5-2-1 Gréer
- 5-2-2 Virer de bord
- 5-2-3 Empanner
- 5-3 Réagir à l’environnement
1° Présentation des bateaux
1-2 La Flèche « MN 289 800 »
il s’agit d’un cotre ostréicole, construit en 1954, d’une longueur hors tout de 13,5 m pour 3,35 m de largeur au maitre bau ; la coque mesure 9,80m pour 9 mètres à la flottaison et 1,35 m de tirant d’eau, soit un déplacement de 5,6 tonnes.
Le bateau d’un tirant d’air de 13 mètres, est doté d’un bout dehors et gréé de 4 voiles (un foc de 23 m², une trinquette de 12 m², un flèche de11 m², et une grand-voile (cachou)de 42 m²), soit une voilure complète de 88 m². Il convient également de mentionner la possibilité d’établir une voile de cape ou tourmentin pour le très gros temps et un gennaker (bleu) pour le petit temps en remplacement du ou des foc(s) notamment aux allures portantes


1-2 La salicorne « MN174 491 »
Il s’agit d’une lasse ostréicole ou couralin, d’une longueur hors tout de 5.80m pour une largeur au maitre-bau de1,75m ; la coque mesure 5,08m pour une longueur à la flottaison de 5 m et un tirant d’eau de 0,20m (dérive rentrée) soit un déplacement de 0,8 Tonne.
Le bateau, d’un tirant d’air de 4,50 m, est doté d’un bout dehors et gréé de 2 voiles un foc (jaune) et une grand- voile au tiers à bordure libre (bleue)

2° Types de voiles
2-1 Voiles triangulaires
Le foc, la trinquette, le gennaker (voiles d’avant) et le flèche (voile de tête) sont des voiles en forme en triangle dont les trois angles sont renforcés et équipés traditionnellement d’yeux cousus : point d’amure, point d’écoute et têtière du point de drisse. La voile est caractérisée, outre par sa surface et son creux (présence de pinces dans l’assemblage des laizes effectué par le maitre voilier) par les dimensions de ses cotés qui sont nommés spécifiquement :
du point d’amure au point d’écoute, la bordure
du point de drisse au point d’amure, le guindant
du point de drisse au point d’écoute, la chute
2-2 voiles quadrangulaires
La grand-voile du grément aurique comporte quatre angles et quatre cotés.
Par rapport à la voile triangulaire, l’angle supplémentaire se nomme le point de corne et forme avec le point de drisse un bord : l’envergure.
La manière dont est fixée la voile aux espars (de mature) caractérise le type de grément aurique qui peut être à corne, à livarde, au tiers bômé, au tiers a bordure libre ou bien encore houari (espar de corne très apiqué)
Pour ce qui concerne nos bateaux
la Flèche porte un grément aurique à corne. En effet la voile est enverguée, au niveau de la bordure sur la bôme par transfilage sur le mât, au niveau du guindant par l’intermédiaire des colliers de racage et enfin au niveau de l’envergure sur le pic par transfilage, seule la chute reste libre.
La salicorne est gréée au tiers à bordure libre. La voile est transfilée sur un espar (vergue) uniquement sur son envergure, les trois autres bords sont libres de tout espar et seulement raidis par le jeu de deux palans (amure et écoute). La voile a donc tendance à pocher ce qui n’est guère défavorable au portant mais beaucoup plus pénalisant pour les allures de finesse et le besoin à « remonter au vent *». *Dans ces conditions nos anciens avaient coutume de transfiler la gaffe ou l’aviron sur la bordure, voire de rajouter un « bâton » de bôme non articulé sur le mat (ni encornât ni vis de mulet) mais seulement maintenu plaqué par un bout… (Voir chapitre « agir sur une voile » et photo associé)
3° Manœuvres dormantes et courantes
3-1 haubanages
Le haubanage, sur la Flèche, est constitué, comme figuré sur le plan ci-dessous, de :
Deux haubans par bord (ou plus exactement deux bas- haubans car ils sont frappés sur le mat au-dessus de l’encornât de pic et non en tête de mât comme l’est en principe un hauban) pour le maintien latéral
Un étai fixe saisi entre les taquets de haubans (2/3 du mât) et une ferrure d’étrave
Une bastaque volante raidie par un fort palan sur chaque bord retient le mat au portant en fonction de l’amure.
Les bastaques (bâbord et tribord) dont les câbles sont fixés au repos sur chaque bord sur un taquet derrière le râtelier de pavois


Le hale à bord de bout dehors reliant la tête de mât, juste sous la fusée, à la ferrure de bout dehors, participe à rigidifier la tête de mât et à limiter son dévers.
La sous-barbe, fort palan, rigidifie le bout-dehors, qui lui-même maintient l’étai volant sur lequel est endraillé le grand foc (cependant il pourrait être judicieux d’y associer des moustaches notamment pour soutenir le devers relatif lié à l’usage du gennaker aux allures proches du travers du travers).
3-2 drisses et écoutes
Les drisses L’usage des quatre voiles nécessite des manœuvres à hisser pour cela nous disposons à bord d’un ensemble de drisses agissant par le biais de poulies et autres palans situés à proximité de la tête de mât et dont les courants sont établis sur différents râteliers (cf. plan de pont)


drisses de voiles d’avant établies sur le râtelier bâbord de pavois : drisse de foc et drisse de trinquette
drisses de grand-voile sur des taquets en pied de mât : drisse de mat et drisse de pic.
drisse de draille(hâle-haut) du bout dehors, drisse à pavillon et balancine (hale haut de la bôme) établies sur le râtelier de pavois tribord
Les écoutes
Les écoutes de voiles d’avant par paires les écoutes de foc passent dans les poulies des râteliers de pavois avant d’être reprise sur un taquet a l’arrière, les écoutes de trinquette passent dans des filoirs a plat pont avant reprise sur un taquet à l’arrière
L’écoute de grande voile long cordage simple qui garnit un puissant palan reliant la bôme à une ferrure de pont
L’écoute de flèche relie pour réglage le point d’écoute du flèche, via un réa en bout de pic, à un taquet situé sur la bôme non loin de l’encornât.
Les bosses de ris (2) cordage transfilé dans le dernier œil de la ligne de ris et reliant un des côtés de la bôme au réa du violon correspondant
Le palan de prise de ris : palan situé sous la bôme reliant l’encornât au point de tire de la bosse au moyen d’un crochet qui s’engage dans l’œil épissé qui termine la bosse au niveau du réa du violon.
La salicorne : Concernant ce bateau, le grément et la voilure sont, au moins en apparence, beaucoup plus simples, puisque la lasse ne dispose que d’un foc et d’une grand-voile au tiers. Les drisses sont rassemblées, en pied de mât, sur des taquets ; celle de foc passe dans une poulie simple en tête de mât, la drisse de grand-voile, quant à elle, est formée d’un palan, qui via un réa intégré dans le mât, actionne un rocambeau coulissant sur le mât et au crochet duquel est suspendue en son tiers la vergue de grand-voile. Le foc est amuré sur le bout dehors qui est maintenu par une sous-barbe. Le mât n’est pas actuellement haubané bien que des cadènes soient présentes. Il est à noter la présence d’une dérive pivotante dont il convient de coordonner le réglage en fonction de l’allure et de la voilure. Actuellement nous étudions la possibilité d’optimiser le gréement afin de gagner sinon en vitesse du moins en évolutivité.
4° Agir sur une voile
Le vent agit sur la voile en la déformant, le rôle des réglages est de modifier ou de contrôler la forme de la voile afin d’optimiser la poussée vélique. La force du vent a une grande incidence sur les conditions de navigation et, au-delà d’un certain seuil, il est parfois nécessaire de réduire afin de préserver le contrôle et la sécurité.

4-1 régler
La voile n’est pas un bout de tissu ordinaire ; elle est taillée par le maître voilier en fonction de son usage « voile de petit temps », « voile de gros temps », « voile de finesse », « voile de poussée ». Au moyen de pinces, de renforts, voire de l’orientation et de l’assemblage des laizes, la voile n’est pas plate, mais pré-profilée comme une aile d’avion, présentant en volume un intrados et un extrados. La voile est aussi définie par son creux et son twist ou vrillage.
Ce profilage aérodynamique permet d’optimiser la poussée vélique.
Le rôle du « régleur » est donc de configurer au mieux le profil de la voile en fonction des conditions de navigation (direction et force du vent, état de la mer) ; pour cela il dispose de plusieurs vecteurs :
-Tension ou relâchement sur les angles de la voile
-Position des points de tire des voiles
-Tension ou relâchement ainsi que positionnement des espars (hauteur, inclinaison)
-Positionnement du mât et de la tête de mât
4-1-a) Le réglage des voiles triangulaires de type « foc »
le premier réglage est celui de la drisse donc du guindant qui sera plus ou moins tendu en fonction du profil recherché. Très tendu adapté à la finesse (meilleure remontée au vent mais également à supporter un vent soutenu). Une tension minimale est cependant nécessaire.
Inconvénient nécessité de surveiller davantage les penons (placés dans le premier tiers du profil) pour anticiper un éventuel décrochage du profil.
le second réglage est celui de l’écoute en deux actions la tension (directement lié à l’écoute) et le réglage du point de tire (par l’usage de la contre- écoute, d’un margouillet frappé sur un bout ou même d’un palan, ou du déplacement-rapprochement du point de tire. La tension aplatira globalement la voile, le réglage permet d’en déplacer le creux et de modifier le vrillage de la chute.
Rapprocher le point de tire du point d’écoute augmente la puissance, l’éloigner favorise la finesse. Ce réglage peut se jouer à la fois sur la longueur à manière d’un « rail de foc » et sur la latéralité à la manière d’un « barber-hauler ».

4-1-b) le réglage des voiles quadrangulaires de type « grand-voile »
Pour la Grand-voile, les possibilités d’intervenir sur un quadrilatère sont plus étendues que sur un triangle, en effet nous disposons pour se faire de trois espars et quatre points pour y appliquer des forces. (Nota il en va a peu près de même sur la salicorne même si l’on n’y dispose que d’un espar et de 4 points)
Régler à l’aide des espars et leurs manœuvres associées : le mât, la bôme et le pic
Le premier réglage qui concerne uniquement la position du mât est celui de la quête; le mât qui parait globalement vertical est en réalité incliné, le plus souvent vers l’arrière-« quête positive » soit plus rarement vers l’avant « quête négative ». L’incidence de ce réglage est importante sur le comportement du bateau, plus particulièrement son équilibre sous voile qui se ressent à la barre. Une quête positive prononcée aura tendance à faire lofer et le bateau est alors dit « ardent ». Un mât trop proche de la verticale rendra le bateau « mou » sans réelle perception à la barre. Si l’on recherche un bateau « vivant » on le préférera légèrement ardent
Ce réglage s’effectue traditionnellement au niveau du pied de mat et de son emplanture à l’aide de cales et surtout au moyen de l’étai et rendre haubans et autres bastaques.
Mât le réglage est basique et quasi définitif, il procède en effet de l’éloignement entre le mât et le guindant, la proximité favorisant l’aspect laminaire de l’écoulement ; la limite étant la capacité des colliers de racage à coulisser le long du fût donc réglage effectué uniquement lors de l’armement.
Bôme les réglages sont nombreux
Hauteur et inclinaison : la drisse de pic (au mât) intervient à travers la tension du guindant sur la hauteur de la bôme donc de la voile à la fois pour le confort de l’équipage mais aussi pour l’adaptation de la poussée vélique (plus ou moins haute) toutefois ce réglage n’intervient que sur une vingtaine à une trentaine de centimètres tout au plus. Il est compensé par le réglage antagoniste de « hale bas » qui vient limiter la remontée de bôme.
La balancine (antagoniste du palan d’écoute) quant à elle permet de maitriser l’inclinaison de la bôme en particulier aux allures de finesse, ne pas oublier de la mollir à fond au portant surtout du côté ou elle porte afin qu’elle ne « coupe » pas la voile.Tension de la bordure : deux réglages, le transfilage sur la bôme plus ou moins serré sur la bôme qui rigidifie le complexe voile-bôme, stabilise le profil dans les bas et soulage la bôme en flexion si elle est de faible section (cas sur la Flèche) et la tension du point d’écoute, l’idéal étant que le point d’écoute soit solidarisé à la bôme de façon coulissante (anneau textile) et qu’ un palan permette de raidir ou mollir la tension de la bordure en navigation .

Maquette de la Cabane
Actuellement nous naviguons point d’écoute fixe … la voile est donc pour toute la sortie, creuse ou plate sans capacité d’adapter aux conditions de navigation, mais est-ce vraiment très gênant en pratique ?
Pic ou corne
La voile est transfilée et bloquée sur cet espar donc pas de réglage de l’envergure, en revanche ses deux palans de hissage peuvent être actifs. Le palan proximal (mât) permet de raidir ou de mollir le guindant comme nous l’avons vu précédemment, le plan distal dit de « corne » agit à la fois sur la pantoire de pic et son extrémité, il est donc en capacité de fermer la chute ou tout du moins de l’empêcher de trop déverser, c’est-à-dire de contrôler le vrillage ou au contraire de laisser la voile déverser

Régler avec les manœuvres spécifiques : le palan d’écoute, le cunningham, le palan de point d’écoute
Palan d’écoute : ce puissant palan a tendance à faire vriller la voile puisque nous ne disposons pas de système de type barre d’écoute permettant de fermer la chute sur un angle de bôme donné (les cotres bretons disposent d’un bout gréé en pointe de corne et doté en sa base d’un palan qui permet de ramener la corne dans l’axe de la bôme mais ceci reste pour nous anecdotique)
Cunningham : ce dispositif (palan simple) est un bout transfilé dans un œil situé directement au-dessus de l’attache de l’amure qui permet d’agir sur la tension du guindant indépendamment du travail de la bôme et de déplacer le creux vers l’avant en l’étarquant.
Palan de point d’écoute : ce palan double situé sous la bôme permet de tendre ou détendre la bordure en navigation (globalement tendre aplati, relâcher creuse)
4-2 réduire
L’accroissement de la force du vent peut amener pour des raisons d’équilibre sous voile et de sécurité à réduire la toile.
La réduction de voilure s’effectue de deux manières :
Changement de voile pour les voiles d’avant
Prise de ris pour la grand-voile
Compte tenu des conditions de vent et de mer qui les nécessitent, ces manœuvres ne sont pas anodines et il conviendra au chef de bord et au barreur de veiller particulièrement à la sécurité de l’équipage. (Pour rappel le bateau est équipé de lignes de vie et d’une longe par personne embarquée en complément du gilet autogonflant porté en permanence sur le pont).
Pour ce qui concerne les voiles d’avant : la plage avant pouvant être submergée en cas d’enfournement, le barreur sera donc particulièrement attentif à son cap et à l’orientation, la fréquence et la taille des vagues pour ne pas exposer inutilement les équipiers. Ces mêmes équipiers devront être très vigilants sur la coordination de leurs actions de manière à ne pas être entrainé à l’eau pas le gonflement inopportun d’une voile ou être cinglé par une écoute ou contre-écoute battante.
Pour ce qui concerne la grand- voile : le danger vient potentiellement des mouvements incontrôlés de la bôme qui peuvent gravement blesser ou faire passer par-dessus bord ; la prise de ris nécessite en effet d’être au contact des violons en extrémité arrière de bôme pour crocher le plan de prise de ris à la bosse de ris souhaitée, tout en manœuvrant de façon coordonnée les drisses des deux palans de pic afin de libérer de la toile en même temps que celle-ci est reprise par la bosse de ris. Enfin les garcettes permettront d’arrimer la ligne de ris au bas de la voile
Le barreur devra donc maintenir le bateau appuyé sur un bord proche du vent debout afin que les mouvements de bôme soient contenus tout en permettant la descente du pic
5° Naviguer
5-1 les amures et les allures
-1) l’amure
L’amure décrit le coté du bateau frappé par le vent
Le vent arrive de la gauche (bâbord) le bateau navigue « bâbord amure »
Le vent arrive de la droite (tribord), le bateau navigue « tribord amure »
-2) L’allure de navigation

Chaque amure ou bord de navigation est découpée en sept allures :
Deux allures permettent le changement d’amure en virant de bord
Le près pour un virement face au vent ou « virement bout au vent »
Le vent arrière pour un virement dos ou vent ou « empannage » dit « virement lof pour lof »
Le «reaching» quant à lui caractérise les allures proches de la perpendiculaire au vent « petit largue / travers / largue » qui permettent de faire la jonction entre les allures portantes et les allures de finesse ou remontantes
5-2 les manœuvres
5-2-1 gréer
Etablir le bout dehors
La manœuvre nécessite idéalement un équipier sur la plage avant et un équipier au râtelier de haubans tribord. Dans un premier temps il faut ouvrir la ferrure sur la pièce d’étrave puis descendre lentement le bout-dehors en contrôlant le hale à bord jusqu’à reposer sur sa partie basse tout en reprenant de la sous barbe. On verrouille alors le cercle, on raidit la sous barbe puis on souque le hale à bord. Le bout dehors étant établi , la manœuvre du rocambeau permettra de positionner le point d’amure du grand-foc (avant), la trinquette étant quant à elle endraillée sur l’étai


Hisser la grand-voile
Pour cette manœuvre, le barreur amène préalablement le bateau bout au vent.
Après avoir enlevé la chèvre (support en croix de la bôme au repos) à l’aide de la balancine et avoir molli le palan d’écoute, ce dernier est repris de manière à limiter les mouvements latéraux de l’espar. Le maître d’équipage lance alors le traditionnel « parés à hisser » auquel les deux équipiers en pied de mât répondent « parés ». L’ordre de «Hisser » est alors donné.
Les deux drisses sont alors reprises simultanément (pic au mât et pic à la corne) en veillant a ce que la bôme s’élève quasi horizontale afin de favoriser le glissement des colliers de racage et surtout de l’encornât. Une fois le pic hissé à sa position coté mât (guindant tendu, voire élévation de la mâchoire de bôme) la corme est déployée jusqu’ à créer un pli diagonal dans la voile. Le palan d’écoute est alors filé pour que la voile prenne le vent pour repris en fonction de l’allure désirée.
Etablir les focs Il convient donc pour établir une voile triangulaire de savoir si le guindant est libre (foc ou gennaker) ou endraillé(trinquette). Pour aider les équipiers d’avant, les voiles sont stockées sous le pont, en sacs identifiés, suspendus dans la chambre d’avant ; dans chaque sac, la voile est correctement stockée de manière à présenter son point de drisse, son point d’amure et ses écoutes. L’équipier mousquetonne le point d’amure sur le rocambeau (grand foc) ou sur la ferrure d’étai(trinquette), il vérifie le pliage et le positionnement sur le pont par rapport au bord (amure sous le vent) sur lequel sera envoyé la voile. Il préinstalle les écoutes bâbord et tribord soit à l’intérieur des haubans et dans une poulie ou une filière (trinquette) soit à l’extérieur de ceux-ci généralement pour les voiles capelées en pointe (extrémité du bout dehors) et prenant garde à contourner l’étai pour l’écoute au vent ; ensuite la voile est endraillée si nécessaire et le point de drisse mousquetonné à la drisse. L’équipier en poste à la drisse vérifie qu’un autre équipier est prêt à reprendre les écoutes et annonce alors « paré à envoyer » et attend l’ordre du maitre d’équipage. Au signal « envoyer », l’équipier d’avant hisse la voile à l’aide de la drisse, simultanément la reprise des écoutes permet de les empêcher de battre et à la voile de se former. La drisse est souquée proportionnellement au réglage souhaité en fonction des conditions de vent.
Etablir le Flèche
Le flèche est une voile enverguée par transfilage sur un espar indépendant, le balestron, ce dernier est frappé en son tiers inférieur par la drisse qui sert à le positionner dans la mâture. La voile est dotée de deux autres manœuvres : une écoute de flèche qui relie son point d’écoute à une poulie située à l’extrémité supérieure de la corne de grand-voile (permettant d’ouvrir ou fermer la chute du flèche) et un bras qui permet de régler l’inclinaison du balestron et le positionnement de la voile.
Pour établir le flèche , au moins deux équipiers sont nécessaires afin de coordonner les manœuvres (l’un à la drisse, l’autre(s) se chargeant de l’écoute et du bras) ; en effet la voile étant envoyé au vent, il est important de guider précisément sa montée sur toute la hauteur car le passage reste très « étroit » entre les différents cordages (haubans, balancine, palans de pic, etc…). Il est à remarquer que le flèche porte différemment en fonction de l’amure de navigation puisqu’il peut se retrouver sur un bord quadrillé sous le vent par la drisse de corne.
Important le flèche accroit la surface de voilure en tête, il est important d’affaler au-delà d’une certaine force de vent (12 à 15 nœuds).
5-2-2 virer de bord
Cette manœuvre indispensable à la navigation impose une coordination de tout l’équipage autour de l’action du barreur, car l’ensemble des voiles sont concernées de façon simultanée par le changement d’amure. Ce changement de configuration de navigation nécessite l’action coordonnée de tous les équipiers tant les taches sont nombreuses à réaliser en même temps.
La manœuvre débute sur une navigation au près (suivi de route normale ou consécutif à une première auloffée), le maître d’équipage (ou le barreur qui peut être la même personne) annonce l’intention de virer « parés à virer », l’équipage se prépare et confirme sa disponibilité pour la manœuvre « paré ». Le barreur engage une nouvelle auloffée, l’équipage accompagne ce début de manœuvre en bordant au maximum (focs et GV).
Le maître d’équipage ordonne le virement « On vire », puis signale la position de la bôme sur le point de changer de bord « attention la bôme »
Le barreur rend compte de la position de la bôme et de son changement d’amure « la bôme est passée »
L’équipier du foc, sous le vent, le libère de son taquet tout en le contrôlant à la main et rend compte de la position du foc « le foc à contre »
Le bateau vire sur son aire et se positionne lentement sous la nouvelle amure
L’équipier de trinquette libère la trinquette et commence à la reprendre sur le nouveau bord.
L’équipier à l’écoute de grand-voile libère un peu son écoute pour que la grand-voile se remplisse sur le nouveau bord avant de la reborder progressivement pour reprendre la navigation au près
Le barreur commande le passage du foc « larguez le Foc » qui est immédiatement repris et réglé sous la nouvelle amure
Le virement étant effectué le bateau reprend de la vitesse et poursuit sa route avec deux possibilités : Abattre pour rejoindre les allures plus proches du travers (Rieching) ou lofer pour virer à nouveau.


5-2-3 empanner
Le changement d’amure au vent arrière ou « empannage » ou « virement lof pour lof » est une manœuvre « périlleuse », car la bôme peut passer violemment d’un bord extrême (à toucher le hauban) sur l’autre (risque pour l’équipage et le bateau impact destructeur sur l’haubanage) voire de se rabattre violement, avec dommage contre le mât (cf. empannage chinois). Toutefois on peut anticiper le passage de la ou des voile(s) d’avant en navigant voiles en ciseaux, éventuellement gennaker« tangonée) »


Le barreur doit anticiper le roulis du bateau et l’atténuer au mieux car à la gîte, par mer formée, l’extrémité de bôme peut toucher l’eau et rendre ainsi le bateau incontrôlable.
Le maître d’équipage donne le signal préparatoire « paré à empanner », l’équipage se prépare à la manœuvre, le barreur redouble d’attention, les équipiers d’avant sont à leurs postes aux écoutes et contre écoutes, si nécessaire le gennaker est « dé-tangonnée », un équipier se charge des bastaques notamment dans un premier temps de détendre puis démonter la bastaque au vent , l’équipier d’écoute de grand-voile reprend son plan d’écoute pour déventer sa voile et ramener progressivement la bôme dans l’axe du bateau et ainsi mieux contrôler son passage. L’équipage indique que tout est en ordre et qu’il est prêt à la manœuvre « paré ». Le maître d’équipage lance la manœuvre « on empanne » ; le barreur pousse sa barre du côté opposé à la bôme, l’équipier de palan d’écouteachève de reprendre (embraquer) son écoute pour accompagner le passage de la bôme sur l’autre amure « attention la bôme » puis « la bôme est passée », il libère ensuite de l’écoute pour remplir la grand-voile et reprendre sa route sur la nouvelle amure en fonction de l’allure souhaitée.
Si l’on poursuit vent arrière sur la nouvelle amure il faut alors installer puis raidir la bastaque au vent (côté opposé à la bôme), il peut être également intéressant de faire passer les focs de l’autre côté « voiles en ciseaux » si le bord à vocation à durer. Si l’allure est moins au portant, il est indispensable de reprendre les réglages des voiles d’avant.
Article conçu et rédigé par Dominique Defaut
Vous avez eu le courage ou la curiosité de venir jusqu’ici, voilà la suite, bonne lecture.
